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Les harpes forment une famille d'instruments très vaste, présente dans le monde entier. Cette page a uniquement pour objet de présenter brièvement quelques types de harpes anciennes et doit pour ce faire emprunter de nombreux raccourcis ! Pour une vision d'ensemble de l'histoire de la harpe, le livre
Harps and Harpists de Roslyn Rensch, publié chez Indiana University Press en 1989 puis 2007, est particulièrement clair et bien documenté.

Dès le Moyen Age, toutes les harpes européennes ont en commun le fait de comporter une colonne qui ferme le "triangle" de la harpe ; ce n'est pas le cas des harpes arquées par exemple, dont la
harpe birmane ou certains instruments africains.



La harpe médiévale, communément appelée aujourd'hui harpe romane, est un instrument assez petit, à la caisse creusée dans un seul morceau de bois (technique que l'on retrouve d'ailleurs pour d'autres types d'instruments médiévaux). Aucun instrument n'étant parvenu entier jusqu'à nous, ces harpes sont reconstruites d'après des exemples iconographiques.
Harpe d'
Eric Kleinmann




A la fin du Moyen Age, la forme de la harpe s'allonge et sa console prend une cambrure très caractéristique : c'est l'apparition de la harpe que l'on appelle aujourd'hui gothique, parfois nommée à l'époque "harpe de Bourgogne". Cette nouvelle forme permet d'avoir plus de basses et une bonne qualité des aigus, qui sont relativement longs grâce à la pointe de la console.
On observe également à cette époque la généralisation des harpions. Ces morceaux de bois coudés insérés dans la table à la base de la corde permettent, lorsqu'ils sont ajustés au ras des cordes, de les faire nasarder, transformant ainsi radicalement le son de l'instrument.
Harpe d'
Eric Kleinmann


Jusqu'au XVIe siècle les harpes ont une seule rangée de cordes, à part quelques exemples isolés, et sont construites sans aucun mécanisme — les harpes "médiévales" ou "troubadour" munies de leviers pour les demi-tons que l'on voit aujourd'hui ne sont pas des reconstructions d'instruments d'époque, mais des harpes construites avec les méthodes modernes.

Ces instruments offraient donc des possibilités de chromatisme limitées, et peu à peu plusieurs transformations se font jour pour y remédier.



Les harpes qui rencontreront le plus de succès pour la musique savante à la fin de la Renaissance et à l'époque baroque sont les harpes à plusieurs rangées de cordes. En Italie ce sera d'abord la harpe double à deux rangées de cordes parallèles, entièrement chromatique mais qui présente encore l'inconvénient que chaque main est enfermée dans un registre, la gamme diatonique (les cordes les plus utilisées) étant du côté de la main gauche dans les graves et de la main droite dans les aigus...
Harpe de Tim Hobrough



... puis la harpe triple qui remédie à cet inconvénient : des trois rangées de cordes parallèles, les deux rangées extérieures sont accordées à l'unisson selon une gamme diatonique, une rangée pour chaque main. La rangée du milieu, pour les dièses et les bémols, peut être attrapée par les deux mains à travers la rangée diatonique.
Harpe de
Claus Huettel


La harpe chromatique italienne se répandra peu à peu dans le reste de l'Europe : Haendel a écrit un concerto pour harpe triple. Cependant de nombreux autres types de harpe coexistent. Les harpes simples existent toujours bien sûr ; en Espagne, les harpes chromatiques sont construites avec deux rangées de cordes croisées et non parallèles comme en Italie ; les Irlandais jouent depuis le Moyen Age déjà une harpe à cordes en métal...

A partir du XVIIe siècle se développe en Allemagne un système de "fourchettes" en métal installées sur la console d'une harpe simple et qui permettent, lorsqu'elles sont tournées à la main, de monter certaines cordes d'un demi-ton. Au XVIIIe siècle ces fourchettes sont reliées à des pédales par un système de tringles : les premières harpes à pédales, ancêtres directs de la harpe moderne, sont nées.